Paul Gillon
- Science-fiction
- Classiques
- Érotique
- Post-apocalyptique
Un touche-à-tout du réalisme, fondateur des Humanoïdes Associés
Né le 11 mai 1926 à Paris, Paul Gillon grandit dans une famille monoparentale, élevé par une mère secrétaire aux côtés de son frère et de sa sœur. Il se forme à l'École des Arts graphiques de Paris pour devenir dessinateur, dans une France de l’après-guerre où l'illustration de presse reste un débouché naturel pour les jeunes artistes. Dès quatorze ans, il gagne sa vie en illustrant des partitions de chansons de music-hall pour l'éditeur Raoul Breton, puis observe et caricature les comédiens qu'il admire pour Samedi-Soir, Ce Soir et Gavroche, journaux emblématiques de la presse populaire française des années 1940-1950. C'est dans ce contexte qu'il devient, dès 1947, l'un des piliers de l'hebdomadaire Vaillant, une publication née dans la mouvance de la presse de la Résistance. Cet ancrage idéologique explique la nature de plusieurs de ses premières grandes séries : Fils de Chine, biographie de Mao Zedong coécrite avec Roger Lécureux entre 1950 et 1953, ou L'Histoire du socialisme en France, qui témoignent de la polyvalence de Gillon, capable de conjuguer exotisme (Lynx Blanc, Wango), flibuste (Capitaine Cormoran, avec Jean Ollivier) et adaptation littéraire (Moby Dick).
Dans les années 1960, alors que la presse illustrée française connaît un âge d'or porté par la concurrence entre grands groupes de presse, Gillon devient l'un des dessinateurs les plus courtisés de Paris : Paul Winkler (Le Journal de Mickey), Daniel Filipacchi ou Pierre Lazareff (France-Soir) se disputent ses services. Il y dessine notamment, de 1959 à 1972, le strip quotidien 13, rue de l'Espoir, un soap-opera dessiné qui accompagne l'essor de la bande dessinée populaire dans la presse généraliste. En 1968, il crée sa propre série, Jérémie, aventure maritime publiée dans Vaillant (devenu entre-temps Pif Gadget), l'un des plus grands succès de la presse jeunesse française, qui lui vaut le prix Phénix en 1972.
Dans les années 1970, Paul Gillon devient l’un des acteurs du renouveau de la bande dessinée, portée par une génération d’auteurs en quête de liberté graphique et narrative, loin des contraintes de la presse jeunesse traditionnelle. Avec Jean-Claude Forest, créateur de Barbarella, imagine dès Les Naufragés du temps, un space opera de science-fiction dont la genèse débute en 1964 et s'étend sur dix ans, entre Chouchou, France-Soir avant de conquérir les pages de Métal Hurlant dès 1977. Il devient en 1974 l'un des cofondateurs des Humanoïdes Associés, aux côtés de Philippe Druillet, Mœbius, Jean-Pierre Dionnet et Bernard Farkas, maison d'édition qui structure durablement ce nouveau marché de la bande dessinée pour adultes. Cet engagement est couronné en 1982 par le Grand Prix de la ville d'Angoulême.
Dans les années 1980, il s'aventure plus frontalement dans le registre érotique avec La Survivante (1985-1991), publiée dans L'Écho des savanes, tout en poursuivant une œuvre engagée sur des sujets graves : l'Holocauste dans Au nom de tous les miens (Grand Prix RTL 1986), la déportation à Buchenwald dans L'Ordre de Cicéron. Cette dernière série, entamée en 2004 sur un scénario de l'avocat Richard Malka, clôt sa carrière sur un registre judiciaire inédit pour lui. Paul Gillon meurt le 21 mai 2011 à Amiens, laissant une œuvre qui traverse presque toute l'histoire de la bande dessinée française de l'après-guerre.
C’est le plus grand des descendants d’Alex Raymond ; mais le plus grand des descendants de Paul Gillon, c’est la Science-Fiction.
Moebius à propos de Paul Gillon, propos rapportés par Jean-Pierre Dionnet lors d'une interview accordée à ActuaBD le 26 juin 2013 à Didier Pasamonik
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©Gillon (bannière)