Edgar P. Jacobs
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Edgar P. Jacobs

Né en 1904. Décédé en 1987. Belgique.

Thèmes :
  • Classiques
  • Polar
  • Action
  • Aventure
  • Western
  • Les classiques
  • Séries mythiques

Edgar P. Jacobs, du chant lyrique à la légende de la bande dessinée

Anglophile au point de transformer son nom (Edgard Félix Pierre Jacobs, 1904-1987), Edgar P. Jacobs débute de manière tardive et inopinée dans la bande dessinée à l’âge de 39 ans, en 1943. Auparavant, alors même qu’il avait fait ses études à l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles en compagnie de Jacques Laudy et Jacques Van Melkebeke (il a comme professeur Constand Montald, qui enseigna aussi à René Magritte et à Paul Delvaux), il se destinait à une carrière de baryton. Il se produisait avant la guerre à l’Opéra de Lille, mais la Seconde Guerre mondiale contraria cette vocation. 

Grâce à son ami, le peintre et dessinateur de bande dessinée Jacques Laudy, il fait ses premiers pas dans le journal Bravo. Là, il conclut à la volée les aventures de Flash Gordon — une bande dessinée américaine d’Alex Raymond interdite par l’occupant allemand — et entame une aventure similaire mêlant fantastique et science-fiction. Mais si il s’inspire naturellement du maître américain qu’il est censé remplacer, Jacobs n’est pas comme lui influencé par le cinéma. Son dessin est plus posé, hiératique, idéalisé et composé de soigneuses petites aquarelles en couleurs directes. 

Introduit par Jacques Van Melkebeke auprès de Hergé, Jacobs travaille à la refonte des albums Tintin au Congo, Tintin en Amérique, Le Sceptre d’Ottokar et Le Lotus bleu en 1943, mettant notamment au point pour Hergé la fameuse gamme chromatique qui fera le succès de la série. Il collabore ensuite au dessin et aux décors sur Les Sept Boules de cristal et Le Temple du Soleil. Entre les deux hommes nait une émulation : de Hergé, Jacobs apprend les rudiments de la bande dessinée ; de Jacobs, Hergé apprend les secrets de la couleur ainsi que la rigueur de la composition et de la mise en scène. À eux deux, ils forment le socle de ce que l’on appellera l’École de Bruxelles, pilier de la bande dessinée belge. 

Avec la parution du Journal de Tintin en 1946, Jacobs lance la série Les Aventures de Blake et Mortimer avec Le Secret de l’Espadon, une uchronie imaginant la Troisième Guerre mondiale, un des sommets de l’École de Bruxelles. En seulement dix albums, il s’impose comme l’un des maîtres incontestés de la bande dessinée mondiale : après Le Mystère de la grande pyramide, publié dans Le Journal de Tintin à partir du 23 mars 1950, il réalise La Marque jaune (1953), considéré comme son chef-d’œuvre. Suivront L’Énigme de l’Atlantide (1955), S.O.S. Météores (1957), Le Piège diabolique (1960) et L’Affaire du collier (1965). Il publie en 1971 son dernier Blake et Mortimer, Les Trois Formules du professeur Satō, dont le second volume sera achevé après son décès par Bob De Moor en 1990. Mêlant les grands mythes littéraires du XIXe siècle (Jules Verne, H. G. Wells,...) à un graphisme à la forme est parfaitement aboutie, Edgar P. Jacobs va avoir une influence profonde et considérable sur la bande dessinée franco-belge et dans le monde. Reprise par plusieurs successeurs, la série constitue aujourd’hui l’un des plus forts tirages de l’édition actuelle. 

Ayant étudié la peinture à l’Académie royale de Bruxelles, aux côtés de Jacques Laudy et Jacques Van Melkebeke – les futurs modèles de Blake et Mortimer –, Jacobs se distingue par ses qualités de coloriste. Un talent mis au service de Hergé : dès 1943, il réalisa les versions couleurs des albums de Tintin. Le procédé du bleu de coloriage permet de séparer le trait de la fameuse « Ligne claire » d’une trichromie conçue en de raffinés aplats de camaïeux, caractéristiques des mises en couleur de l’École de Bruxelles. 

Didier Pasamonik

Planches et œuvres de Edgar P. Jacobs

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