De Hislaire à Yslaire : un artiste en perpétuelle réinterprétation
Bernard Hislaire naît en 1957 à Bruxelles, dans une famille de mots : un père journaliste à La Libre Belgique et une mère haut fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères. C'est en 1975, à 18 ans à peine, qu'il part rejoindre l'équipe graphique de Spirou, alors sous la houlette du scénariste Brouyère, soutenu par Charles Dupuis et Raoul Cauvin. Le grand hebdomadaire sort alors de son âge d'or et cherche un second souffle face à la vague de modernité qui déferle en France, portée par Métal Hurlant. Hislaire crée sa première série en 1978 : Bidouille et Violette, saluée comme la première histoire d'amour « mélancomique » de la bande dessinée franco-belge. Avec ce vocable emprunté à Gainsbourg, Hislaire annonce déjà son amour pour les histoires tendres et mélancoliques qui feront son succès. Bidouille et Violette lui vaudra dès 1980 le Prix Saint-Michel du scénario humoristique.
1986 marque l'année du changement : de registre, de style graphique et surtout de nom. Hislaire devient Yslaire. Sous cette nouvelle plume, il se lance avec Balac (l'un des pseudonymes de Yann) dans une grande fresque baroque : Sambre, qui paraîtra dans les pages de Circus. Le moment est parfaitement choisi : la bande dessinée franco-belge fait peau neuve, s'orientant vers un lectorat adulte. Sur fond de Révolution française et de haines de classe, la saga déploie l'histoire de deux amants maudits, teintée d'un romantisme noir porté par le trait réaliste qu'Yslaire affectionne depuis l'enfance. Dès le premier tome, la critique est dithyrambique : Plus ne m'est rien lui vaut le Grand Prix Saint-Michel, et les cinq albums suivants confirment un succès grandissant. Le sixième tome de Sambre paraît en 2011 et est accueilli par le Prix du meilleur album au Festival de Bruxelles.
Mais Yslaire n'est pas homme à se répéter. Dès 1997, il est l'un des premiers à embrasser la technique numérique avec Mémoires du XXe ciel, où il fait dialoguer un ange photographe muet et une vieille psychanalyste sur le siècle écoulé. En 2009, il cosigne avec Jean-Claude Carrière Le Ciel au-dessus du Louvre et est fait chevalier des Arts et des Lettres.
Yslaire est un auteur qui a su retrouver le souffle des grands narrateurs romantiques du XIXe siècle, de Hugo à Vigny. Un cas unique. Sa reconstitution de la France de la Restauration est documentée et minutieuse. Mais c'est surtout par le supplément d'âme de ses créatures qu'il se distingue de ses contemporains.
Didier Pasamonik
Crédits :
©Yslaire / Balac, Glénat (bannière)