Percutant, provocateur, trash... En un mot : punk
Motivé, selon ses propres termes, par son « désir de dessiner des femmes nues », Tanino Liberatore étudie au lycée Artistique de Pescara avant d'intégrer l'Université d'Architecture de Rome. De 1974 à 1978, il collabore avec plusieurs agences de publicité avant de rencontrer en 1978, Tamburini, animateur de la très punk revue Cannibale. Ensemble, ils créent un magazine de bandes dessinées intitulé Frigidaire en 1980 dans lequel Liberatore illustre les séries Bordello et Client, ce qui lui vaudra un début de célébrité en Italie, avant d'imaginer, toujours avec la complicité de Tamburini, les aventures de Ranxerox… un choc dans le monde de la BD en Europe ! Ranxerox à New-York, Bon anniversaire Lubna, mais aussi Ranxerox fait l'Espagne, inédit à ce jour. L'hyperexpressionnisme mêlé de trash du dessin de Liberatore, son ultra-violence incarnée par Ranxerox, androïde stupide qui pense avec ses poings, et sa sexualité provocante, exprimée notamment avec la « petite amie » du héros, Lubna, prostituée, droguée et mineure, font scandale autant qu'ils fascinent le public des années 1980. En parallèle, le dessinateur réalise des pochettes de disques pour la major RCA : la plus célèbre de ses créations reste celle de The Man from Utopia de Frank Zappa. Le succès remporté par Ranxerox en France amène Liberatore à s'installer à Paris, où il travaille pour le théâtre, le cinéma et la télévision. C'est ainsi qu'il rencontre Alain Chabat, avec lequel publie une nouvelle aventure de Ranxerox, Amen, et pour qui il conçoit les costumes d'Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, qui lui vaudront un César en 2003. En parallèle, Liberatore dessine toujours des femmes nues à la sexualité provocante et sulfureuse, illustrations publiées en albums chez Albin Michel. En 2007, il publie Lucy, en collaboration avec Yves Coppens, et imagine la vie de la fameuse « première femme », un ouvrage qu'il qualifiera de « Chapelle Sixtine »… En 2015, sort chez Glénat un recueil d'histoires courtes violentes comme seul lui sait les mettre en scène : Petites morts et autres fragments du chaos.
RanXerox est une petite révolution dans la bande dessinée des années 1980. Elle consacre le rayonnement international de Tanino Liberatore, un talent qui s'est fait connaître dans la revue Frigidaire qui eut en Italie la même importance historique et esthétique que Métal Hurlant remarquable par sa radicalité politique, graphique et éditoriale. RanXerox se voulait, comme la revue qui l'accueillait, subversif, provocant, satirique, caustique, libertaire punk et anti-système, dans l'Italie post-années de plomb. L'originalité vient bien évidemment aussi du graphisme de Liberatore qui se signale par son renouvellement formel, sa provocation graphique constante et son imaginaire urbain débridé.
Didier Pasamonik
Liberatore aux enchères
En 2025, la maison de vente Daniel Maghen Enchères établit un ouveau record pour une planche de Libratore.
TANINO LIBERATORE
RANXEROX
Ranxerox à New York (T.1), Albin Michel 1981
Planche originale n° 9, prépubliée dans L'Écho des Savanes en 1981.
Encre de Chine, encres de couleur et crayon de couleur sur papier
25 × 34,8 cm
Adjugée en 2025 : 17 663€
Crédits :
©Liberatore / Tamburini, Albin Michel (bannière)