Hermann

Hermann

Né en 1938. Décédé en 2026 - Belgique

Thèmes :
  • Aventure
  • Post-apocalyptique
  • Marine
  • Policier
  • Action
  • Western
  • Classiques
  • Historique
  • Les classiques
  • Séries mythiques

Hermann : un maître du réalisme et de la BD franco-belge

Herman Huppen nait le 17 juillet 1938 à Bévercé (Ardennes). Son enfance marquée par la guerre et l’exil à Bruxelles le pousse à apprendre très tôt un métier. Il obtient rapidement son diplôme d’ébéniste avant de suivre des cours du soir de dessin d’architecture et de décoration d’intérieur à l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Gilles (Belgique). À 18 ans, il rejoint sa sœur au Canada où il passe 3 ans avant de rentrer en Belgique. Ce n’est qu’en 1964 que Hermann se rapproche du 9e Art, suite à son mariage avec Adeline Vandooren dont le frère, Philippe Vandooren (alias Morphée), dirige une revue scoute à laquelle il livrera sa première histoire. Alternant à mi-temps entre son travail d’architecte et le dessin, Hermann signe de courts récits didactiques dont Livreuse d’avions, une Histoire de l’Oncle Paul, publiée en 1965 dans Le Journal de Spirou. Remarqué par Greg, il est rapidement pris à l’essai dans le studio du maître. Dès 1966, Greg écrit pour Le Lombard la série qui établit d’emblée le talent incontestable de Hermann dans la veine réaliste : Bernard Prince.

Après un détour par Jugurtha – histoire d’un prince Numide combattant contre l’envahisseur romain– dont il dessine les deux premiers albums, Hermann entreprend une nouvelle série avec Greg, Comanche, dont la publication commence en décembre 1969. Huit ans plus tard, il ressent l’envie de créer sa propre histoire. Greg émet des doutes quant à ses capacités de scénariste, malgré quelques histoires courtes de Bernard Prince qu’il avait déjà écrites seul. Hermann le prend au mot et se lance dans sa première série solo, Jeremiah. Il abandonne peu à peu ses séries phares Bernard Prince, repris par Dany, et Comanche, poursuivie par Michel Rouge. En 1984 Il s’écarte momentanément des thèmes post-atomiques de Jeremiah pour créer Les Tours de Bois-Maury, une fresque médiévale où son réalisme appliqué à une époque révolue fait merveille. Ce qui ne devait être qu’un album isolé devient une seconde série qu’il mènera de front avec Jeremiah, alternant leur production.

Enclin à placer la barre toujours plus haut, il signe en 1991 son premier one-shot Missié Vandisandi, suivi en 1995 par le cri de révolte Sarajevo-Tango, un album en couleurs directes dont la teneur historique et sociale lui vaut de recevoir le Prix Oesterheld. Il poursuivra cette thématique avec Caatinga en 1997. Deux ans plus tard, il signe On a tué Wild Bill où il distillera vision du monde impitoyable des pionniers. En 2000, avec la complicité de Van Hamme, il réalise Lune de Guerre, une œuvre qui dépeint l’absurdité et la bêtise humaine. Puis, avec son fils, il dessine Liens de Sang, faux polar aux accents fantastiques. Dès 2002, Jeremiah devient une série télévisée de 35 épisodes produite par la MGM dans laquelle Luke Perry interprète le rôle-titre et Malcolm-Jamal Warner celui de Kurdy. 

Hermann a publié pas moins de 120 albums tout au long de ses 60 ans de carrière. Il connaît la consécration en 2016, lorsqu'il est élu Grand Prix de la Ville d'Angoulême par ses pairs. Par sa productivité, sa longévité, son succès, et sa capacité à se réinventer, Hermann s'est imposé comme un monument du 9e art et un maître de la couleur directe. En 2017, la Galerie Daniel Maghen lui consacre une vaste rétrospective retraçant près de 50 ans de carrière à travers des œuvres issues de ses séries phares Comanche, Jeremiah, Bernard Prince, Les Tours de Bois-Maury et de ses albums plus personnels Caatinga, On a tué Wild Bill. Et, en 2023, la maison de vente Daniel Maghen Enchères et Expertises lui consacre un catalogue dédié où un tout nouveau record du monde sera établit pour la couverture de Jeremiah, Trois motos...ou quatre. L’artiste décède le 22 mars 2026 à Bruxelles à l’âge de 87 ans. 

Dans la lignée d'un Jean Giraud, le trait d'Hermann est organique, capable de donner vie aux matières, que ce soit un paysage rocheux ou des hommes harassés par le soleil… La manière d'Hermann - et le rôle du scénariste Greg n'y est pas pour rien - est d'amener, à l'instar de Blueberry dans Pilote, ce western sage vers quelque chose de plus « viril », de plus violent, en direction d'un public de lecteurs de bande dessinée un peu plus âgé que la cible habituelle de « l'Hebdomadaire des 7 à 77 ans ». En cela, il rejoint l'évolution du western hollywoodien qui se libère à ce moment-là du code de censure Hays, alors qu'en France, dans le même temps, la BD se débarrasse de la tutelle de la Commission de la Loi de 1949 pour la protection de la jeunesse. 

Didier Pasamonik

Hermann aux enchères

©Hermann, Dupuis

En 2023, la maison de vente Daniel Maghen Enchères et Expertises établit un nouveau record du monde pour une œuvre de Hermann.

HERMANN
JEREMIAH
Trois motos... ou quatre (T.17)
Dupuis 1994
Couverture originale
Encre de Chine et encres de couleur sur papier
25,4 × 36,3 cm

Adjugée en 2023 : 53 600€

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