Pichard : sculpter le noir pour sublimer la chaire
Formé au dessin appliqué, Georges Pichard (1920-2020) enseigne d'abord les arts graphiques avant de venir à la bande dessinée sur le tard. Il débute véritablement en 1964 dans l'hebdomadaire Chouchou, mais c'est sa rencontre avec le scénariste Jacques Lob qui va décider de sa voie : en 1967, Submerman paraît dans Pilote, tandis que Blanche Épiphanie, une héroïne en dehors des cadres moraux de l’époque, entame sa carrière dans V Magazine, provoquant une vive réaction du public.
Le tournant est pris : Pichard quitte peu à peu la bande dessinée « tous publics » pour l'univers érotique qui fera sa réputation. À partir de 1977, il devient auteur complet et s'engage vers des récits ouvertement érotiques, voire pornographiques (certains albums, comme « Maison de correction Princesse Mélanie », demeurant interdits dans plusieurs pays). Nourri de l'Art nouveau, de Robert Crumb et de la thématique sadienne, il s'impose comme l'un des grands noms de la bande dessinée pour adultes de son temps, cultivant jusqu'au bout un paradoxe fécond : mettre la rigueur la plus classique du trait au service des sujets les plus transgressifs.